Il y a un virage, sur la route qui monte au col du Stelvio, où j'ai cru que ma bécane allait me faire un caprice. Déjà 34 lacets dans les pattes, la nuque en compote, et là, un énième épingle à 2 758 mètres d'altitude avec un camping-car allemand garé en plein milieu. Franchement, je me suis demandé ce que je foutais là.
Et puis j'ai basculé de l'autre côté. La vallée qui s'ouvre, les Dolomites en face, le moteur qui ronronne enfin en troisième. Voilà pourquoi on endure les camping-cars et les épingles en première : pour ces dix secondes où tout s'aligne.
Si vous cherchez les meilleures routes de montagne à faire en moto en Europe, vous tomberez vite sur les mêmes noms. Stelvio, Grossglockner, Transfăgărășan. Sauf que personne ne vous dit à quelle heure y rouler, combien ça coûte vraiment, ni pourquoi le Grossglockner m'a coûté 40 € pour trois heures que j'aurais pu passer ailleurs. Je vais vous filer ce que j'ai appris à force d'y retourner. Y compris ce qui ne valait pas le détour.
Points clés à retenir
- Les cols les plus célèbres (Stelvio, Grossglockner) sont souvent gâchés par le trafic — visez tôt le matin ou tard le soir
- Les Alpes françaises offrent un rapport plaisir/prix imbattable par rapport aux voisins autrichiens et italiens
- Un road trip moto en Europe de l'Est coûte souvent 30 à 40 % moins cher qu'un circuit dans les Alpes occidentales
- La Transfăgărășan n'ouvre que quelques mois par an — vérifiez avant de planifier
- Comptez 250 à 350 km par jour maximum pour vraiment profiter d'une route de montagne
- Les Pyrénées sont le tronçon le plus sous-estimé du continent, et de loin
Pourquoi les Alpes les plus célèbres sont souvent les plus surévaluées
Le Stelvio, tout le monde en parle. 48 lacets côté italien, une route mythique gravie depuis 1829. Sauf qu'à 10 heures du matin en juillet, vous partagez ces 48 lacets avec 200 autres motards, une flopée de cyclistes, des roadsters et trois camping-cars par virage. Le mythe se transforme en file d'attente à 2 700 mètres.
Ma première fois là-haut, j'ai mis deux heures pour descendre. Deux heures. Une moyenne de 22 km/h. Vous ne roulez pas, vous faites la queue en zigzag.
Le vrai secret, c'est l'heure, pas la route
La deuxième fois, j'ai attaqué le versant italien à 6h30 du matin. Personne. Le bitume encore humide de la rosée, les marmottes qui traversent, le silence total sauf le moteur. J'ai fait l'aller-retour en 50 minutes avec le sourire aux lèvres.
Le problème n'est jamais la route. C'est quand vous y allez. En pleine saison (mi-juin à mi-septembre), les grands cols alpins subissent une pression touristique que beaucoup sous-estiment. La solution tient en un mot : décalage. Tôt le matin, ou après 17 heures.
Le Grossglockner vaut-il ses 40 € ?
Question franche, réponse franche : pas pour moi. C'est un péage, pas une route. 40 € pour 48 kilomètres de route panoramique autrichienne (le péage a augmenté ces dernières années, comptez plutôt ce tarif qu'un prix d'il y a cinq ans). Les paysages sont immenses, oui. Les marmottes, oui. Le musée au sommet, très bien foutu.
Mais à ce prix-là, vous payez surtout l'infrastructure, pas la route. Comparez avec la Bonette, en France : gratuit, 2 802 mètres, la plus haute route goudronnée d'Europe, et le panorama est du même acabit. La Bonette m'a coûté un plein de 18 € au lieu de 40 € de péage. J'ai fait les deux la même semaine. Le choix a été vite vu.
Transfăgărășan : la réalité derrière les vidéos YouTube
Vous avez forcément vu la vidéo. Drones, musique épique, motards en cuir qui enchaînent les virages dans un décor de film. La Transfăgărășan, en Roumanie, construite entre 1970 et 1974 sur ordre de Ceaușescu, est devenue le fantasme absolu du motard européen.
J'y suis allé en 2023. Je vais vous dire ce que les vidéos ne montrent pas.
Elle n'est ouverte que quelques mois par an
La route est coupée par la neige une bonne partie de l'année. Selon les conditions, l'ouverture se fait parfois seulement fin juin ou début juillet, et la fermeture arrive dès octobre. Il m'a fallu vérifier deux fois sur place avant de planifier, parce que les dates bougent.
Et là, deuxième surprise :
Le week-end, c'est blindé. Les Bucharestois montent en masse. La route est à sens unique par tronçons, régulée par des barrières. Vous pouvez poireauter 45 minutes à un tunnel avant de repartir.
Ce qui marche vraiment sur place
- Y aller un mardi ou mercredi — la différence de trafic est flagrante
- Dormir à Bâlea Lac, en haut, pour rouler à l'aube
- Prévoir un budget essence bas (la Roumanie reste bon marché), mais des péages et des pauses imprévues
- Ne pas négliger les routes voisines : la Transalpina, juste à côté, est plus longue et souvent plus dégagée
Bref, la Transfăgărășan mérite le détour. Mais pas pour les raisons qu'on vous vend.
Comparatif : les grandes routes de montagne européennes
Voici mon classement, basé sur des kilomètres réels et des souvenirs pas toujours glorieux. Les chiffres d'altitude et de longueur sont des données stables de ces routes, pas des mesures prises sur le vif.
| Route | Pays | Altitude max | Péage | Mon verdict |
|---|---|---|---|---|
| Col du Stelvio | Italie | 2 758 m | Gratuit | À faire, mais pas en plein après-midi |
| Grossglockner | Autriche | 2 504 m | Payant (~40 €) | Cher pour ce que c'est |
| Transfăgărășan | Roumanie | 2 042 m | Gratuit | À planifier en semaine |
| Col de la Bonette | France | 2 802 m | Gratuit | Mon préféré, sans hésiter |
| Col du Galibier | France | 2 642 m | Gratuit | Souvent négligé, très bon |
| Transalpina | Roumanie | 2 145 m | Gratuit | La vraie surprise de l'Est |
Les routes que personne ne mentionne (et qui devraient)
Il y a un truc qui m'agace dans les listes qu'on trouve partout. Elles tournent en boucle sur les mêmes six noms. Résultat : ces routes sont saturées, et des merveilles restent vides à côté.
Les Pyrénées françaises : le tronçon oublié
Le col d'Aubisque, le Tourmalet, le Port de Larrau. J'ai fait un axe ouest-est sur cinq jours. Je n'ai croisé personne sur certaines portions. Les Alpes concentrent toute l'attention, mais les Pyrénées offrent la même densité de virages avec moitié moins de trafic et un climat souvent plus clément en septembre.
Mon conseil : le Port de Larrau, à la frontière espagnole. Étroit, technique, magnifique, et vous serez probablement seul.
Europe de l'Est : le meilleur rapport plaisir/prix
Un road trip moto en Europe de l'Est, c'est le meilleur deal du continent. Logement en guesthouse : 25 à 35 € la nuit. Repas complet : 8 à 12 €. Essence sensiblement moins chère qu'à l'Ouest.
Sur mon dernier circuit roumain de huit jours, j'ai dépensé à peu près la moitié de ce qu'aurait coûté le même nombre de jours dans les Dolomites. Pour des routes comparables, voire meilleures. La seule contrepartie : des portions de bitume parfois fatiguées, et des radar-feuilles à surveiller.
Comment préparer un circuit moto qui tient la route
Le premier road trip que j'ai organisé dans les Alpes, j'avais planifié 400 km par jour. Monumentale erreur. Le soir, j'étais incapable de profiter du repas. Trois jours plus tard, j'ai réduit à 280 km quotidiens et tout a changé.
Le rythme, c'est 80 % du plaisir
- 200 à 300 km par jour en zone de montagne — au-delà, vous ne voyez plus rien
- Une journée "off" tous les trois jours, sans rouler
- Dormir au col ou juste en dessous, pas en ville en bas de vallée
- Prévoir une marge météo : en altitude, ça tourne vite
Le budget réel d'un road trip moto en Europe
Pour une semaine dans les Alpes occidentales, en dormant en dur et en mangeant correctement, je tourne autour de 900 à 1 100 € tout compris (essence, hébergement, repas, petits péages, un imprévu). En Europe de l'Est, la même semaine descend souvent sous les 600 €.
Le poste qu'on sous-estime systématiquement : les pneus. Sur des routes de montagne, vous les mangez. J'ai flingué un train arrière en 4 000 kilomètres de cols. Prévoyez ce budget.
Questions qu'on me pose souvent
Quelles sont les plus belles routes de France en moto ?
Pour la montagne, le trio gagnant reste le col de la Bonette, le Galibier et l'axe pyrénéen Aubisque-Tourmalet. Si vous ajoutez de la variété, les Gorges du Verdon offrent un autre registre, mais ce n'est pas de la haute montagne.
Combien coûte un tour d'Europe en moto ?
Tout dépend du périmètre et du confort. Un tour partiel sur six à huit semaines, en mixant camping et hébergement, se situe généralement dans une fourchette de plusieurs milliers d'euros par personne. La variable la plus lourde, c'est le logement et le nombre de jours. Deux semaines de plus peuvent doubler la note.
Quelle est la plus belle route à faire en moto, selon vous ?
Si je devais n'en garder qu'une : la Bonette. Gratuite, la plus haute d'Europe, et un panorama qui ne s'oublie pas. Le Stelvio a plus de prestige, mais la Bonette a plus d'âme.
Ce que les cols m'ont vraiment appris
Après une décennie à courir après les routes mythiques, je commence à me demander si le mythe ne nuit pas au plaisir. Plus une route est célèbre, plus elle est bondée, plus elle est chère, plus elle ressemble à une attraction touristique qu'à un morceau de bitume à s'approprier.
La prochaine fois, je crois que je vais faire l'inverse. Ouvrir une carte, chercher une route dont personne ne parle, et y aller sans savoir si elle vaut le coup. Peut-être que ce sera nul. Peut-être que ce sera la meilleure de toutes.
Et vous, quelle route avez-vous découverte par hasard et qui valait plus que le Stelvio ?